Égratures

4 avril 2011

Proposition d’Olivier

Publié par poulopot dans Textes de printemps

histoire d’une première fois…

J’ai pris ma tête de femme assurée. Je m’étais bien répétée au préalable la phrase pour laquelle j’avais opté et c’est donc d’une voix sereine mais ferme que j’ai annoncé à la caissière : « Bonjour Madame, je suis pigiste à ThéâtreOnline et j’ai réservé une place au nom de Poulopot, s’il vous plait ». Un sans faute magnifique avec sourire de circonstance. Curieusement, elle n’a rien dit et m’a regardée impassible. J’ai senti ma belle assurance dégouliner sur la moquette. Elle allait me demander quoi ? Une carte de journaliste ? J’avais précisément choisi le terme pigiste parce qu’il m’avait semblé moins usurpé que le mot journaliste.

Elle m’a souri et d’une voix onctueuse a demandé : « oui, pour quel spectacle ? ». Argh ! J’avais clairement oublié que le théâtre du Lucernaire était un festival d’Avignon à lui tout seul. « La rue de l’affaire Lourcine » lançais-je gaillardement « enfin, la même chose dans l’autre sens » bavouillais-je lamentablement avant de tendre une main moite pour récupérer mon billet. Voilà, c’est fait, elle va probablement jaser toute la soirée sur ces journalistes qui ne connaissent même pas les titres des pièces qu’ils viennent voir ! J’aurais dû choisir Fantasio ou Hamlet, là au moins pas de risques d’entremêlements linguaux.

Sur mon billet, il est écrit invitation professionnel, mon ego rebondit, c’est beaucoup plus chic qu’invitation pour la copine du troisième hallebardier ou invitation sociale comme j’ai eu droit hier, à Beaubourg.

Je patiente au premier étage en priant qu’il n’y ait pas un attaché de presse qui vienne m’entretenir, ça n’est pas le jour… Il y a une expo photo sur le Japon, du noir et blanc élégant sur papier glacé. Je m’intéresse, je tournicote, je prends un air entendu, je gratouille mes cheveux, je m’éternise devant une photo sans la voir, je souris à ma voisine, j’attends, j’attends…

L’ouvreuse nous demande de nous diriger vers le pigeonnier en silence s’il vous plait, il y a d’autres spectacles qui jouent. Le petit troupeau, de la pointe des pieds, s’achemine vers l’escalier en colimaçon qui débouche sur la bien nommée salle Eden.

Je me choisis une place centrale au troisième rang, coincée entre une maigrelette à sueur aigrelette et un bedonnant ronronnant.

Je sors mon petit calepin Muji acheté spécialement pour cette occasion et je note :  « L’affaire de la rue de Lourcine – 22 juillet 2008 – Lit à baldaquin immense avec rideau de douche incorporé » et c’est tout.

Et si ça ne me plait pas ? Et si je n’y comprends rien ? Mais pourquoi Labiche ? Depuis quand je suis spécialiste du vaudeville, moi ? J’aurais dû choisir La baraque à frites, un titre comme ça, c’est du lourd, du…

Le noir se fait…

 

marycassatt.jpg

Moi ce jour-là, croquée par Mary Cassat, elle nomma le tableau La loge

 

N’hésitez pas à me laisser des commentaires ci-dessous ainsi que de nouvelles propositions, ce blog existe surtout grâce à vous… Merci!
 

Une Réponse à “Proposition d’Olivier”

  1. RVG dit :

    Ca sent le rouleau de papier de vécu…
    J’adore, j’ai la sensation d’avoir mainte fois ressenti la même chose, la sensation d’être un usurpateur même si j’ai déjà fais mille fois mes preuves.
    Encore !

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